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            Le chapitre 2 a apporté une nouvelle d’importance. On y découvre en effet la véritable identité du nouvel arrivant à Noirlieu : un pasteur protestant. Et au XVIIIème siècle, témoigner de « l’hérésie de Calvin » comme il est mentionné dans les actes d’abjuration, est loin d’être une sinécure, moi je vous le dis. Pour comprendre comment les protestants en sont arrivés à jouer au chat et à la souris avec les autorités royales, un petit flash back s’impose. Attachez vos ceintures, Mesdames et Messieurs, retour au XVIème siècle !

 

  1. La Réforme

Ah le XVIème siècle ! Rien que de l’évoquer des images de châteaux monumentaux reviennent sûrement à votre esprit : Chenonceaux, Azay-le-Rideau ou encore Chambord et ses innombrables cheminées… Alors oui c’est vrai, c’est l’époque de la redécouverte des savoirs et connaissances Antiques, on s’amourache des anciennes mythologies on fait même des progrès dans la médecine grâce aux autopsies (pensons à Vésale). D’un seul cœur, les humanistes sont en pleine Renaissance.

Oui mais…De l’autre côté du Rhin, un jeune moine du nom de Martin Luther est scandalisé devant la vente d’indulgences (rémission des péchés) par le Pape Léon X pour construire la basilique Saint-Pierre. Luther s’époumone, proteste et rédige ses 95 thèses dirigées contre son boss de Rome. Réaction immédiate : le moine est excommunié et l’empereur Charles Quint (ennemi juré de François Ier) le met au ban de l’empire. En clair, si quelqu’un vient à trucider Martin, il ne serait nullement inquiété mais au contraire, il en serait même chaleureusement félicité. Bien que clandestine, la doctrine de Luther se propage dans tout l’empire. Les différences soulignées sont aussi bien sur le fond (refus de reconnaître les Saints par exemple ou bien ) que sur la forme (liturgie). 

Gravure de Martin LUTHER par Cranach l'Ancien

            Dans le royaume de France, soit on ne se préoccupe pas beaucoup des protestants soit on les voit d’un plutôt bon œil. Le protestantisme se propage d'autant plus vite qu'un Français, depuis sa résidence de Genève, soutient la vague de conversion. Il s'agit de Jean Cauvin, en latin Calvinus, soit Jean Calvin. Mais tout ceci ne dure qu'un temps, jusqu’au jour où des petits malins se sont amusés à placarder des tracts revendicatifs sur la porte même du Roi François Ier dans son château d’Amboise, c’est l’affaire des Placards (1534). Alors là, par contre, toucher à la personne choisie par Dieu pour conduire le destin du royaume, « c’est pousser le bouchon un peu trop loin, Maurice ». Car le Roi et la Religion sont intimement liés sous l’Ancien Régime: le souverain tire son pouvoir du droit divin ce qui s’illustre très bien par la cérémonie fastueuse du sacre à Reims.

            S’attaque à l’Eglise, c’est s’attaquer au Roi. Une intense répression se met en place : autodafés, bûchers…Le fils de François Ier, Henri II (il règne de 1547 à 1559 et il est l’époux de Catherine de Médicis, c'est bon vous suivez?), va intensifier cette chasse au « huguenot ».

            En 1560, les protestants sont environ 10% de la population soit environ 2 millions de personnes.

            Et comme vous le constatez sur la carte de ci-dessous, le Poitou, proche de Saumur la protestante, la « petite Genève » est un foyer du protestantisme en France.

 

Source: TDC, avril 1998 n°754, p.10

 

III : Les Guerres de Religion (1562-1598)

Que font des frères qui se rencontrent et qui croient en le même Dieu ? Et bien comme d’habitude : ils se sont entretués. Depuis Caïn et Abel, rien de nouveau sous le soleil. Mais cette fois-ci, le royaume plongea dans une guerre civile à la cruauté rarement inégalée.

Durant 36 ans, les clans des deux confessions ont essayé d’amadouer un pouvoir royal affaibli, puisque 3 fils d’Henri II et Catherine de Médicis  se succèdent sur le trône royal, tous descendance masculine :

  • François II, un peu faiblard et encore adolescent, il ne règne qu’un an (1559-1560)
  • Charles IX (règne de 1560 à 1574), à lui seul, il vaut un roman entier. Rongé par le remords de la Saint-Barthélemy (pas d’accent sur le deuxième « e » !)
  • Henri III, (1574-1589), assassiné par un fanatique, Jacques Clément.

 

Ainsi donc, on retient souvent l’aspect religieux de ces guerres mais c’est aussi une guerre politique, puisque selon le moment, les clans ont appelé jusqu’au régicide. Et ils ont réussi avec le dernier des Valois! Mais je vous rassure l'assassin cité plus haut à été gentiment et méthodiquement écharpillé par la garde royale, non mais. Fallait pas jouer le mauvais chameau, Jacquounet.

En fait, le risque, pour le royaume était une scission en deux de la noblesse. Je le redis, il y eu une cruauté extrême, de la part des deux camps, dans ce conflit, qui culmina avec le massacre de la Saint-Barthélemy (24 Août 1572) et ses résonnances les semaines suivantes dans les grandes villes de province. Juste pour cet évènement on évoque 10 000 protestants assassinés dans le royaume. Les témoignages parlèrent même d'une Seine "rouge sang".

 

Le massacre de la Saint-Barthélemy, F.Dubois

 

  1. L’accalmie puis l’exil

Le bon roi Henri IV (qui n’était pas si aimé que ça durant son règne) a longtemps tergiversé entre protestantisme et catholicisme. Il est né protestant et puis après son cœur n’a fait que balancer, au gré des situations et des opportunités. De ce fait, il était considéré par les catholiques comme un sérieux gougnaffier et c’est peu dire ! Car en passant d’une religion à une autre, il était « relaps » (du latin « relapsus » : retomber, vous demanderez à Jeanne d’Arc, ça a jeté un froid lors de son procès, ou plutôt un coup de chaud…enfin vous m’avez compris, quoi). Bref, lorsqu’il monta sur le trône en succédant à son lointain cousin Henri III, il est protestant. Oui, Henri IV régna 5 ans en protestant sur un royaume à 90% catholique. Imaginez à l’époque ! Aujourd’hui, on s’en fout, c’est vrai, mais à l’époque, c’était tout sauf banal !

Et puis, enfin, fut signé en 1598 l’Edit de Nantes qui reconnut la liberté de conscience aux protestants et leur fournit une centaine de places fortes dans le royaume. Néanmoins, ils devaient s’acquitter de la dîme catholique. La dîme, si vous ne voyez pas ce que c’est, allez voir ici !

L’autorité royale restaurée, la paix dans le royaume revint. Pour quelque temps du moins…

Car tout se passe pour le mieux jusqu’en 1685, date à laquelle Louis XIV, petit-fils d’Henri IV, révoque l’édit de Nantes. Les croyants appartenant à la RPR (« Religion Prétendue Réformée ») ont le choix : soit ils se convertissent, soit ba, ils font leur valise et "hasta la vista". Les terribles Dragons du roi Soleil vont sillonner les régions protestantes pour faire appliquer cette décision à force de pression et de massacres. Drôle d’époque, me direz vous…Je vous répondrai « oui, mais regardez donc au Moyen-Orient, il y a des chantages tout aussi détestables et ignobles en ce moment même ». Mais ceci est une histoire.

Bref, je serai mauvais esprit que je dirais que les protestants n’étaient pas, à l’époque où se déroule notre intrigue « en odeur de sainteté »…

 

L’historique est un peu long, mais je le pense nécessaire si l’on veut comprendre quel fossé historique, idéologique et émotionnel sépare un curé de village, dépositaire d’une autorité morale et sociale multi séculaire, d’un pasteur itinérant traqué et hors-la-loi. Et puis, un petit rappel, de temps en temps, ça ne peut pas faire de mal, non ?

 

 

IV : Le Désert (1685-1787)

Malgré la révocation de l’Edit de Nantes et l’interdiction d’être protestant, certains bravent l’intolérance légalisée et résistent. 

Le Désert évoque la période pour les protestants en France, la période qui s’étale de la Révocation de l’Edit de Nantes à l’Edit de Tolérance de 1787 promulguée par Louis XVI. Elle se décompose en deux temps :

  • 1685-1715 : abjuration, exil des protestants. Ceux qui restent se rassemblent entre eux. Ce sont les dernières années de règne de Louis XIV.
  • 1715-1787 : période des pasteurs itinérants

Comme vous avez pu le voir sur la carte précédente, le Poitou était au XVIIIème siècle un grand foyer de protestants. Et il y avait donc des pasteurs qui célébraient des cérémonies huguenotes comme chez les catholiques : baptêmes, mariages et sépultures. Et comme pour les curés, les pasteurs tenaient à jour des registres. Du fait de leurs dangerosités pour leur porteur, peu de ces documents nous sont parvenus. Et dans les archives du 79, vous pouvez consulter les registres du Désert.

 

Mais bon, ne nous mentons pas, le pasteur BELLOCQ n’a pas été très prudent  avec ses registres. Et qui sait, cette scène à peut-être eu lieu dans l’auberge de mon ancêtre ? En tout cas, tous les ingrédients historiques y étaient présents !

 

Pour plus d’infos sur le Désert, le lien du Musée du Désert : http://www.museedudesert.com/article1.html

 

 

A la prochaine, merci de me suivre et n’hésitez pas à commenter !

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