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C’est bien beau ça l’histoire de Noirlieu, mais que se passe-t-il dans le reste du monde ?

Eh bien, je vais vous parler de la Russie, parce que c’est drôle, excitant la Russie. Je voudrais souligner en particulier l’insurection contre la grande Catherine II d’un mignon petit cosaque : Emelian Pougatchev (Emilien pour les frenchies). Lui aussi, il était légèrement mytho et un peu Jack l'Eventreur avant l'heure. Explications.

 

Portrait d'Emilien Pougatchev

I : Ses débuts

Déjà, rien qu’a voir le portrait, tu sens le personnage pas trop serein, voire pas bien dans ses botines. Ou plutôt dans ses bottes car le petit Mimile est né dans une famille de Cosaques du Don en 1742. Le Don est un fleuve de l’ouest de la Russie se jettant dans la Mer d’Azov dont la Russie et l’Ukraine sont les deux pays cotiers. On imagine que ses vingt premières années se passent relativement au calme à reprendre la fermette familiale et à se marier avec une copine du coin en 1758, à 16 ans. On imagine aussi que, vu ses actions futures, son père n'a pas dû y aller avec le dos de la cuiller pour les punitions. Et puis tout d’un coup, il lui prend l’envie de servir dans l’armée russe durant la Guerre de Sept Ans (1756-1763), aux côtés de la France et de l’Autriche et contre notamment la Prusse et l’empire britannique. C’est la tsarine Elizabeth  qui tient les reines, euh, les rênes en Russie.

Et donc Mimile guerroie, trucide, parcours les plaines et traverse d’innombrables villes du grand empire de Russie jusqu’au jour où il n’y a plus de guerre. Et alors là, il est bien embêté car comme dit Don Salluste après son remerciement «  Qu’est ce que je vais devenir ? Je suis un ministre, je ne sais rien faire ! », sauf que lui était un guerrier.

Il vagabonde, on ne sait pas ce qu’il advint de son épouse, mais en tout cas, Poupou devient clodo. Parfois, il visite quelques tavernes pour se réchauffer le cœur et le gosier.

 

II : La période des Vieux-Croyants

Et puis un jour, alors qu’il doit grogner et décuver dans sa barbe, des moines orthodoxes le receuillent. Ce sont des moines clandestins car « Vieux Croyants ». Vieux-Croyants, Késsecè ?? Ce sont des millions de fidèles qui n’ont pas accepté les modifications pris par le patriache de Moscou Nikon (ni commode d’ailleurs) au milieu du XVIIème siècle. Tant sur le plan liturgique que sur celui théologique, ces changements sont apparus innaceptables pour tout un pan de la société, du simple paysan jusqu’au baron. Et vous connaissez la chanson, toutes ces personnes, restées fidèles à leur foi, sont tombées dans la clandestinité et furent, à leur tour, persécutées. Les Russes ont donc leur schisme à eux, ce que l’ont appelle le « raskol ». Ce n’est qu’en 1905, date à laquelle le tsar Nicolas II accorde le droit de conscience pour toutes les populations russes, que les schismatiques pourront exercer leur culte librement. Aujourd'hui, les Vieux-Croyants existent toujours. Pour faire dans la vulgarisation de chez la vulgarisation, ce sont un peu les Amish de la Russie. 

 

Tableau de Miloradovitch représentant des moines Vieux-Croyants

Bref, soit les moines ont monté le chou à Mimile, soit ce dernier a eu des apparitions, toujours est-il que notre jeune cosaque ne se présente plus comme le fils légitime de son père mais rien de moins que Pierre III, l’empereur ayant régné quelques mois en 1762 et décédé dans des circonstances troubles.

 

Portrait de Pierre III. Y a pas dire, la ressemblance est frappante.

 

Alors forcément quand Mimile débarque dans les auberges et déclare tout de go : « Coucou, c’est moi ! Pierre, votre tsar », on pourrait croire qu’on l'accueille à coup de rires et de coups de pieds aux fesses. Mais pourtant, à force de bagou, de sentimentalisme et de nostalgie, il réussit à recevoir l’hommage des cosaques. Il faut préciser que Mimile est fait dans du bois dur, le genre de type à persévérer et il semble qu’il ai transmis cet aspect à sa descendance  comme en témoigne un article du Monde de 1961 :

« Le petit-fils de Pougatchev est installé dans une ferme collective de cette république soviétique d'Asie centrale. Âgé de cent ans, il habite avec son fils et ses petits-enfants. Son père, qui est mort à l'âge de cent vingt-cinq ans, avait plus de quatre-vingt-dix ans lorsque naquit ce fils. »

Jeanne Calment n’a qu’à bien se tenir, donc.

 

 

 

III : L’insurection

On retrouve notre Mimile en vrai Attila du XVIIIème siècle : lui et sa bande pille, brûle, viole, dépèce et écorche. En plus d’être fou, il est malsain, pervers, pyromane. Alors là, le pouvoir impérial commence à prendre la chose au sérieuse, surtout que sur le trône règne l'implaccable Catherine II qui fut, pendant un temps, la femme de...Pierre III! Et voui!

Pougatchev, après une défaite, est finalement capturé. Il proteste ("Mais puisque je vous dis que je m'appelle Pierre III, enfin, ralliez-vous à mon panache blanc!"), et il est trimbalé dans une cage en fer jusqu'à la cour de Russie où il reçoit sa condamnation à mort.

20 ans avant Louis XVI (ces Russes sont révolutionnaires quand même…), la tête d’un roi, Pierre III bis, la caboche de notre bon Mimile (si jamais il en eut une un jour !)  se désoladirise lamentablement de son corps qui, lui aussi, est démantelé, dans une manière proche de celle dont on s'occupe des régicides en France. Néanmoins, rendons à César ce qui est à César, il n'a pas fait que prétendre être l'empereur, il a réusi à unifier des mécontents de la Russie aux revendications religieuses ou sociales disparates. Mine de rien, Pougatchev a marqué durablement les esprits en Russie, comme pour rappeler aux dirigeants russes que la révolte n’est jamais bien loin.

Et des cosaques, il en reste toujours en Ukraine...

Pendant ce temps-là, en Russie...
Tag(s) : #grange à histoires, #XVIIIème, #mytho, #détraqué

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